Pharmacotechnie
16/12/2021

Dispositif de vidéo-assistance, une sécurisation des préparations d’anticancéreux injectables

Depuis mars 2021, la pharmacie à usage intérieur de l’Hôpital Beaujon (Clichy) utilise un dispositif de vidéo-assistance pour la préparation de ses 150 poches quotidiennes d’anticancéreux injectables. Retour d’expérience.

« Nous avons souhaité équiper la PUI du système de contrôle avec un dispositif de vidéo-assistance afin de sécuriser davantage la préparation des poches d’anticancéreux injectables », explique le Dr Marie-Pauline Gagaille, pharmacienne, responsable de la production.

Jusqu’à présent, la sécurisation du process à savoir le contrôle des flacons de médicaments, des poches de solvants et du volume de médicaments, reposait sur un double contrôle visuel des préparateurs en pharmacie hospitalière (PPH). « Deux préparateurs contrôlaient mutuellement l’ensemble de leur préparation, un protocole générateur d’interruptions de tâches fréquentes », fait savoir le Dr Gagaille. Le dispositif de vidéo-assistance propose en revanche un système de contrôle vidéo numérique couplé à de l’intelligence artificielle. « Aujourd’hui, la caméra remplace le collègue », résume le pharmacien.

Le dispositif de vidéo-assistance

Le dispositif est composé de deux modules. Tout d’abord, un système d’assistance du manipulateur dans la préparation. Il est composé de deux caméras.

  • La première caméra, ventrale, offre deux modes de reconnaissance à savoir la lecture des codes datamatrix apposés sur les médicaments et les poches de solvant. Ou, une lecture par reconnaissance d’images, grâce à l’intelligence artificielle permettant à la caméra, en l’absence de datamatrix, de lire les étiquettes de flacons ou encore le volume d’une seringue via la graduation et la position du piston. 
    « Le PPH commence par scanner l’étiquette avec le numéro d’ordonnancier de la préparation, ce qui déclenche le ″scenario″ de fabrication, raconte le Dr Gagaille. S’affiche alors à l’écran la fiche de fabrication de la préparation avec les étapes clefs à suivre et à valider, ce qui remplace la fiche papier que nous utilisions auparavant. » Le manipulateur, installé dans un isolateur, présente à la caméra ventrale les poches de solvants, les flacons et les volumes prélevés reçus de l’organisateur. L’outil valide, par une coche verte, l’élément présenté, ce qui permet de passer à l’étape suivante de la préparation. En cas d’erreur, une tête de mort rouge s’affiche à l’écran et le préparateur corrige son erreur en temps réel. Ce contrôle per-process évite d’avoir à détruire des préparations non-conformes. « C’est un gain réel de sécurité car l’œil de la caméra est plus performant que l’œil humain », estime le Dr Gagaille. 
  • La deuxième caméra, de scène, filme en continu, l’ensemble de la préparation, afin de pouvoir visualiser, a posteriori, le déroulement de l’ensemble de la préparation.

Un dispositif de contrôle

Le deuxième module est un logiciel de contrôle géré par le pharmacien. « Nous nous y connectons depuis nos bureaux pour effectuer la libération pharmaceutique des préparations », explique le Dr Gagaille. Sur le logiciel, l’ensemble des préparations sont répertoriées et en un « clic », le pharmacien peut les libérer. « Cela prend moins d’une seconde lorsque toutes les étapes clefs sont validées, sans aucune détection d’erreur de la part du système », rapporte le pharmacien. Mais lorsque le système a constaté des discordances, le pharmacien doit revisionner certaines étapes. Le film de la caméra de scène peut alors être regardé par le pharmacien. C’est le cas lors de faux négatifs, qui surviennent lorsque la caméra n’est pas parvenue à lire l’étiquette d’un flacon sans Datamatrix et que le préparateur a forcé l’étape.

Une prise en main rapide

Au sein de la PUI, le logiciel du dispositif de vidéo-assistance est interfacé avec le logiciel Chimio de l’établissement, qui gère le circuit des anticancéreux. « Il recense les prescriptions que nous validons et génère la fiche de fabrication, rapporte le Dr Gagaille. Le logiciel Chimio envoie au dispositif de vidéo-assistance, les fiches de fabrication pour les manipulateurs. » De même que lorsque le pharmacien a libéré la préparation, l’interface renvoie l’information au logiciel Chimio, permettant ensuite d’éditer les bons de livraisons pour les services, ou pour les établissements ayant recours à la sous-traitance.

L’usage du dispositif de vidéo-assistance requiert une formation de deux jours des préparateurs en pharmacie et des pharmaciens. « Son utilisation change les habitudes du PPH, qui doit adapter sa pratique, prévient le Dr Gagaille. C’est pourquoi la qualification opérationnelle est nécessaire. » Toutefois, son usage n’a pas eu de conséquence en termes de ressources humaines, notamment d’Equivalents Temps Plein, car la PUI avait recours à un double contrôle visuel entre préparateurs. En revanche, « pour les PUI disposant de personnel dédié au contrôle, le dispositif de vidéo-assistance peut effectivement faire gagner du temps ETP, et ce d’autant plus lorsqu’une PUI a une petite production, qui mobilise deux PPH (dont un uniquement pour le contrôle) puisqu’avec cet outil, un PPH peut à lui seul gérer les préparations », informe-t-elle. Une limite éventuelle de l’outil : certaines étapes du processus de préparation des anticancéreux injectables ne sont pas gérées par cet équipement comme le choix et la pose de la tubulure ou l’étiquetage mais son utilisation sur les principales phases de préparation a renforcé le contrôle et la traçabilité.

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Établi en août 2022