Pratiques innovantes
16/06/2022

Réforme de l’internat : vers un parcours de formation individualisé des futurs pharmaciens

Entamée en 2009, la réforme de l’internat est entrée en vigueur progressivement pour les différentes spécialités. La filière « pharmacie » a été la dernière à être concernée, et ce depuis novembre 2019. Les changements apportés à l’organisation du troisième cycle semblent satisfaire autant les internes que les professionnels de santé.

« L’objectif de cette réforme globale de l’internat est de mettre en place une organisation basée sur l’acquisition de compétences et la progression pédagogique des internes », explique le Pr Samuel Limat, pharmacien hospitalier, président de la Commission médicale d’établissement (CME) du CHRU de Besançon (Bourgogne-Franche Comté). Si la durée de l’internat est toujours identique, à savoir quatre ans, désormais le Diplôme d’études spécialisées (DES) est structuré en trois phases bien distinctes.

Un parcours en trois actes

Les deux premières années constituent le socle commun aux trois filières qui composent l’internat, à savoir : la pharmacie hospitalière générale, le développement et la sécurisation des produits de santé (orientée vers l’industrie des produits de santé), et la radiopharmacie (en cinq ans). Au cours de ces deux années socles, l’interne doit obligatoirement effectuer quatre stages. Trois sont imposés (pharmacie clinique, technologies pharmaceutiques hospitalières et contrôles, dispositifs médicaux et stérilisation) et le quatrième est « libre ». « Ces quatre stages représentent un grand avantage, soutient Thibault Grisinger, co-président Pharmacie hospitalière & Innovation pharmaceutique et recherche au sein de la Fédération nationale des syndicats d’internes en pharmacie et biologie médicale (FNSIP-BM). Désormais, l’interne peut observer, en stage, tous les volets de ce que représente le travail d’un pharmacien hospitalier. Auparavant, pour les dispositifs médicaux par exemple, il fallait parfois attendre la dernière année de l’internat. »

À l’issue de cette phase socle, l’interne fait le choix de son « option précoce » entre l’une des trois voies de l’internat, avec deux stages imposés. Débute ensuite, à partir de la troisième année, la phase d’approfondissement. L’interne se forge ainsi une maquette sur mesure « avec une forme d’hyperspécialisation et d’autonomie progressive », soutient le Pr Limat. « À la fin de cette phase, l’interne doit soumettre et valider sa thèse, poursuit Thibault Grisinger. Le seul bémol repose sur le fait que les délais sont un peu courts. Or, sans sa thèse, il ne peut pas intégrer la phase de consolidation. Il est vrai que ce renforcement académique du DES engendre des maquettes plus rigides sans possibilité d’interphases, chaque étape devant être validée pour passer à la suivante », complète le Pr Limat.

Enfin, la dernière année est consacrée à la « consolidation » des acquis et se traduit par un stage de deux semestres, au cours duquel les internes, alors appelés docteurs Juniors, sont en autonomie encadrée au sein des PUI. Cette phase de consolidation tarde avant d’être officialisée, « ce qui génère une certaine inquiétude chez les internes, reconnaît Thibault Grisinger. Être tenus dans l’ignorance les empêchent de bien préparer leur demande. » Car désormais, le choix de l’internat ne se fait plus sur rang de classement mais dans le cadre d’un « big matching », c’est-à-dire un choix partagé entre le projet de l’interne et l’établissement qui l’accueille, ce qui requiert une préparation.

Les conséquences et questionnements

« Pour le moment, nous avons de bons retours sur cette réforme », reconnaît Thibault Grisinger. « Cette nouvelle organisation traduit une volonté réelle et affichée de rendre obligatoire un parcours pédagogique avec des temps, des phases et des missions différentes à chaque étape, poursuit le Pr Limat. Il s’agit de sanctuariser la progression des connaissances et la montée en compétences de l’interne. Avant la réforme, cette logique était plus implicite. »  Les internes doivent encore apprivoiser ces nouvelles modalités d’organisation notamment pour la radiopharmacie et les FST (lire encadré).

Quant à la question de l’arrivée des docteurs Juniors dans les services, elle pose question pour les pharmaciens hospitaliers : « Comment ouvrir des postes et des terrains de stage pour les internes, afin de leur permettre à la fois de continuer à se former tout en leur permettant d’être en autonomie, questionne le Pr Limat. Nous nous devons de trouver des zones de convergences. » Réponse en fin d’année, date d’arrivée des premiers docteurs Juniors dans les services.

Les Formations spécialisées transversales

Les internes peuvent désormais choisir une Formation spécialisée transversale (FST), en inter-DES, avec des internes d’autres disciplines. « Il s’agit d’une sur-compétence et non d’une sur-spécialité, dans différents domaines », précise le Pr Limat. Les internes en pharmacie vont pouvoir choisir une FST dans quatre domaines pour commencer : en hygiène, en thérapie cellulaire, en bio-informatique, et en pharmacologie médicale et thérapeutique. En 2023, une cinquième FST « recherche » devrait également leur être accessible. « Le choix d’une FST repose sur une volonté individuelle de l’interne, précise le Pr Limat. Elle va leur ouvrir la voie à certains postes et compétences, auxquels ils n’auraient pas eu accès avec le cursus normal. La possibilité d’une FST doit également permettre à la profession d’accompagner des thématiques ou des besoins émergents. » Néanmoins, « les FST en sont encore au stade du balbutiement, indique Thibault Grisinger. Encore peu d’internes se sont orientés dans cette voie, qui ajoute une année supplémentaire à nos études. »

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Établi en août 2022