Scientifique
18/02/2021

Cancer du col de l’utérus : la prévention peut gagner en efficacité

Principalement dû à une infection par le papillomavirus humain, le cancer du col de l’utérus est grandement évitable, si sa prise en charge inclus efficacement les deux niveaux de prévention : vaccin et dépistage.

L’essentiel sur le cancer du col de l’utérus 

  • Douzième cause de cancer féminin, le cancer du col de l’utérus a été diagnostiqué chez 2 920 patientes en France en 2018 et a provoqué plus de 1 117 décès, selon les dernières données de Santé Publique France (1). Pourtant, ce cancer est grandement évitable, grâce à la prévention. 
  • Il est causé dans près de 99 % des cas par le papillomavirus humain (HPV), qui se propage très facilement par contact sexuel. Le préservatif n’empêche que partiellement sa transmission. La mise en œuvre d’une approche spécifique de prévention est donc essentielle.
  • Il existe différents types de virus HPV. Treize d’entre eux sont cancérigènes (6, 18, 31, 33, 35, 45, 52, 58, 39, 51, 56, 59 et 68, cancérigène probable pour ce dernier). Les génotypes les plus fréquemment impliquées dans les cancers du col de l’utérus – dits « à haut risque » ou HR– sont les souches 16 et 18. Le HPV-HR 16 est associé à un risque de cancer dix fois supérieur aux autres génotypes de HPV-HR.
  • 80 % des adultes seront infectés par un papillomavirus au moins une fois dans leur vie (2)
  • Chez les femmes, la majorité des infections au niveau du col guérissent spontanément. Mais dans 10 % des cas, le virus persiste dans les tissus et induit des lésions précancéreuses voire cancéreuses, dans les 15 à 20 ans suivant l’infection originale, en absence d’immunodépression.

Soutenir la prévention primaire, la vaccination

Pour éviter les contaminations, seul le vaccin constitue une protection efficace. 

En France, depuis l’avis de l’Haute autorité de santé (HAS) de décembre 2019 (3), la vaccination est recommandée pour tous les garçons et toutes les filles entre 11 et 14 ans, avec un rattrapage jusqu’à 19 ans. « L’immunogénicité est meilleure entre 9 et 14 ans et il est préférable de vacciner à distance du risque de contact viral », explique le Pr Didier Riethmuller qui dirige le service de gynécologie-obstétrique du CHU de Grenoble.

Actuellement, deux vaccins disposent d’une autorisation de mise sur le marché en France. Seul l’un deux est recommandé chez les garçons, faute d’étude établissant la protection contre les condylomes génitaux, “verrues génitales” qui trahissent parfois l’infection, pour le deuxième. 

En vaccinant les hommes, la protection est étendue à d’autres cancers : « les cancers de l’anus dont la prévalence augmente, du pénis quoiqu’ils sont rares et surtout des cancers de l’oropharynx, précise Didier Riethmuller. Ces derniers représentent 30 à 40 000 cas par an en France et on estime que 10 % sont dus à des infections à papillomavirus. » 

Ces vaccins ne peuvent néanmoins pas prévenir tous les cancers induits par HPV. « Dans les pays où la couverture vaccinale est bonne, on observe un risque résiduel de seulement 20 % des lésions précancéreuses et de 10 % du risque de cancer », insiste le gynécologue. Ces cas résultent d’infections par d’autres types de papillomavirus humains.  

« Ce vaccin est excellent. Les données australiennes, pays où la vaccination est obligatoire depuis 2006, ont rapidement montré une chute de l’incidence des condylomes, puis des lésions précancéreuses et on voit aujourd’hui l’effet sur les lésions de haut-grades et les cancers », énonce le spécialiste. Non obligatoire, la vaccination souffre pourtant d’une opinion défavorable en France. À tort, rappelle le gynécologue : « Aujourd’hui, à travers le monde, plus de 10 millions de doses de ce vaccin ont été administrées sans qu’il n’y ait de retour négatif. » Fin 2018, seulement 23,7 % des jeunes filles âgées de 16ans avaient reçu un schéma vaccinal complet selon l’Inca (4). La prévention primaire seule ne suffit donc pas.

Ne pas négliger la prévention secondaire, le dépistage

Le dépistage permet de traiter les lésions avant qu’elles ne deviennent cancéreuses. En France, le dépistage organisé invite toutes les femmes, vaccinées ou non, de 25 à 65 ans à effectuer un frottis tous les trois ans. Ce dépistage cytologique par frottis cervico-utérin est complété par des tests HPV, qui mettent en évidence la présence du virus par la biologie moléculaire. 

Si ces derniers étaient réservés aux analyses de seconde intention lorsque l’anatomopathologiste relevait une lésion, ils peuvent désormais être prescrits dès le départ. « La plupart des autres pays réalisent le test de biologie moléculaire en première intention, ajoute Didier Riethmuller. Ce test a une excellente valeur prédictive négative, il identifie 100 % des cas négatifs. Il nous permet de rassurer les patientes en leur disant qu’elles n’ont aucun risque pour les cinq années suivantes. »

Pour améliorer la participation des femmes au dépistage, les autorités sanitaires promeuvent, depuis 2019, l’auto-prélèvement vaginal, à partir de kits envoyés directement aux femmes insuffisamment dépistées de plus de 30 ans. Les prélèvements sont ensuite transmis par les patientes aux laboratoires de biologie médicale selon les instructions indiquées sur le kit. Ils y sont analysés par l’approche moléculaire et les résultats sont envoyés par la poste, comme pour des tests réalisés chez le gynécologue. « Cela fonctionne très bien », estime le spécialiste.

En France, un laboratoire de biologie médicale peut choisir entre différents kits d’analyse moléculaire, intégrant plus ou moins de souches et de marqueurs biologiques. « L’essentiel est qu’ils contiennent les 13 principaux génotypes oncogènes. Si le test est positif pour l’un, il y a un risque », détaille le gynécologue. Le résultat complet permet ensuite de suivre la circulation des différentes souches au sein de la population.

Attention aux autotests

Enfin, en dehors de tout cadre ou dépistage organisé, on observe l’émergence d’autotests, aussi appelé « autodiagnostics » commercialisés via internet directement auprès des patientes, sans que l’on sache réellement où et comment sont analysés les échantillons, ni si un médecin regarde les résultats. « Ce n’est pas sérieux ! Ces autotests n’ont aucune valeur diagnostic », s’agace Didier Riethmuller. L’expertise du professionnel de santé reste cruciale tout au long de parcours préventif.

Vaccin thérapeutique : un peu de confusion et pas mal d’espoirs

Traitements alternatifs à la chirurgie, les « vaccins thérapeutiques » sont en fait des immunothérapies qui visent à empêcher l’évolution de lésions précancéreuses vers les hauts-grades. Ces approches reproduisent le phénomène vaccinal en injectant un antigène viral oncogène non pathogène, non pas pour induire la formation d’une mémoire immunitaire mais pour réactiver les lymphocytes et les inciter à détruire les cellules infectées par le papillomavirus qui expriment cet antigène. Plusieurs essais cliniques évaluent actuellement cette option thérapeutique, qui doit encore faire ses preuves.

Information médicale

Une question sur un produit ? Un article que vous souhaitez consulter ? Besoin d'aide pour vos recherches bibliographiques ? Nous pouvons vous aider.

M-FR-00002626-2.0
Établi en août 2022