Connectez-vous à RochePro

Pour sauvegarder un contenu en favori, connectez-vous ou créez votre compte dès maintenant.

Inscription Connexion
Skip to main content
Expertise PUI
Scientifique

Le « Growth Differentiation Factor 15 » (GDF15) est une cytokine dont le rôle suscite un intérêt croissant. Il est impliqué à la fois dans la régulation du métabolisme et du comportement alimentaire, avec des effets potentiels sur l’obésité et les maladies métaboliques, ainsi que dans la cachexie tumorale, où il influence la perte de poids et la réponse immunitaire. Si ces deux contextes partagent un acteur commun, les mécanismes et les enjeux cliniques diffèrent, offrant un panorama varié de ses applications possibles.

Avec la collaboration du Dr Marine Fidelle, pharmacienne, chercheuse (INSERM U1015) au sein du Centre de lutte contre le cancer Gustave Roussy et du Dr David Dombrowicz, directeur de recherche (INSERM U1011) à l’Institut Pasteur de Lille.

L’origine du GDF15

Le GDF15 est produit par les fibroblastes, les hépatocytes, les macrophages (il était d’ailleurs initialement appelé MIC1 pour Macrophage inhibitory cytokine-1), les cellules endothéliales et certaines cellules tumorales. Cette cytokine est exprimée dans des tissus comme le foie, le cœur, les reins et le tissu adipeux, surtout dans des situations de stress métabolique ou oxydatif et des situations d’inflammation1.

Le mécanisme d’action

Le GDF15 se fixe sur un récepteur, le GFRAL (GDNF family receptor alpha-like), qui se situe exclusivement dans le tronc cérébral (rhombencéphale), zone dont certaines parties participent à la régulation sensorielle liée à l’alimentation, notamment via le goût3.
Cette fixation de GDF15 sur le GFRAL induit l’activation de voies intracellulaires via un corécepteur (RET, une tyrosine kinase) dans le tronc cérébral, conduisant un signal vers les circuits régulateurs de l’appétit et du comportement alimentaire4.

Les propriétés

Le GDF15 est une cytokine de stress : ses niveaux augmentent en cas d’inflammation5.
Par son mécanisme d’action au sein du tronc cérébral, le GDF15 possède des propriétés potentiellement anorexigènes qui peuvent induire une perte de poids3 mais aussi influencer la sensibilité à l’insuline6 ou encore le métabolisme lipidique7.

L’intérêt clinique

  • Dans la prise en charge des troubles métaboliques et l’obésité
    Plusieurs pistes sont à l’étude pour exploiter le potentiel du GDF15 dans le métabolisme, la régulation de la prise de poids et le traitement de l’obésité8.
    • Voie GDF15–GFRAL et régulation de l’appétit
      La stimulation pharmacologique de la voie GDF15–GFRAL pourrait réduire l’appétit et la consommation alimentaire, favorisant ainsi une perte de poids chez les patients obèses ou en surpoids. Cette approche repose sur l’activation du récepteur GFRAL, exprimé exclusivement dans le tronc cérébral, par le ligand GDF15 ou par des agonistes synthétiques ciblant ce récepteur3,9.
    • Régulation physiologique du GDF15  
      Chez l’animal et l’homme, les niveaux de GDF15 augmentent principalement en réponse au stress métabolique, caractérisé par l’infiltration de macrophages dans le tissu adipeux, entre autres, ou au stress hépatique associé à l’obésité et à la stéatose hépatique (Metabolic Dysfunction Associated Steatohepatitis MASH)2. Des observations suggèrent également une légère élévation lors de régimes hypocaloriques10, ce qui pourrait refléter un rôle modulateur du GDF15 dans l’équilibre énergétique, bien que ce ne soit pas son mécanisme physiologique principal.
    • Études précliniques sur les agonistes de GFRAL
      Des agonistes de GFRAL sont actuellement étudiés pour leur potentiel anti-obésité3. Cependant, les études chez la souris montrent que l’élimination génétique de GDF15, seule ou combinée à celle d’autres facteurs tels que FGF21, entraîne seulement une réduction modeste de la prise de poids11. Ces résultats suggèrent que, bien que la voie GDF15–GFRAL ait un effet anorexigène, elle ne constitue pas le seul déterminant de la perte de poids et que d’autres mécanismes métaboliques compensatoires existent. 

GDF15 n’est donc probablement pas un régulateur indispensable de la prise de poids, ce qui tempère l’enthousiasme quant à son potentiel anti-obésité.

  • Dans la cachexie et le cancer
    Le GDF15 est fréquemment surexprimé dans le cancer et contribue à la cachexie, un état d’amaigrissement extrême, en induisant une anorexie, et entraînant une perte de masse corporelle. À ce titre, il constitue un biomarqueur de la gravité et de la progression tumorale et une cible thérapeutique pour limiter la cachexie. Les patients cachectiques montrent par ailleurs une moindre réceptivité à certaines thérapies, notamment les immunothérapies12,13.
    •  Interventions thérapeutiques ciblant le GDF15
      Des essais cliniques utilisant un anticorps neutralisant le GDF15 (ponsegromab) ont mis en évidence qu’il permettait une prise de poids significative sur 12 semaines chez des patients cancéreux cachectiques présentant des niveaux élevés de GDF1514,15.
    • GDF15 et modulation de la réponse immunitaire tumorale
      Le GDF15 influence également le microenvironnement tumoral en réduisant l’infiltration des lymphocytes T et en altérant leur activation et leur fonction, ce qui limite la surveillance et l’élimination des cellules tumorales16,17. La neutralisation du GDF15 pourrait lever cette immunosuppression, restaurer l’infiltration et l’activité des lymphocytes T, et améliorer la réponse aux immunothérapies, notamment aux inhibiteurs des points de contrôle immunitaires.

Ainsi, le GDF15 jouerait un double rôle délétère chez les patients atteints de cancer : il induirait une perte de poids conduisant à la cachexie, ce qui les rendrait plus vulnérables, donc moins tolérants aux traitements. Mais il aurait en outre un impact sur la progression du cancer en diminuant l’efficacité de la réponse immunitaire induite par les thérapies.

Conclusion

Le GDF15 conserve un intérêt majeur dans le cancer, où il représente à la fois un biomarqueur et une cible thérapeutique prometteuse pour limiter la cachexie et améliorer la réponse aux traitements. En revanche, son potentiel dans le traitement de l’obésité apparaît plus limité : les études récentes sont moins nombreuses et les résultats restent modestes, surtout face à l’émergence de nouvelles stratégies pharmacologiques comme les analogues du GLP-1. Ainsi, si le GDF15 pourrait trouver sa place dans la prise en charge des patients oncologiques, son impact sur le métabolisme et la perte de poids chez l’obèse semble aujourd’hui restreint.

  1. Metabolic Messenger: growth differentiation factor 15, Breit et Tsai (Nature, août 2025).
  2. Adipose tissue macrophage infiltration and hepatocyte stress increase GDF15 throughout development of obesity to MASH), L’Homme et al. (Nature Communications, août 2024).
  3. GFRAL is the receptor for GDF15 and the ligand promotes weight loss in mice and nonhuman primates, Mullican et al. (Nature Medicine, août 2017).
  4. Insights Into Mechanisms of GDF15 and Receptor GFRAL: Therapeutic Targets. Rochette et al. (Trends Endocrinol Metab, décembre 2020).
  5. Overview of growth differentiation factor 15 (GDF15) in metabolic diseases, Li et al. (Biomed Pharmacother, juillet 2024).
  6. GDF15 increases insulin action in the liver and adipose tissue via a β-adrenergic receptor-mediated mechanism, Sjoberg et al. (Cell metab., août 2023).
  7. GDF15 is required for maintaining subcutaneous adipose tissue lipid metabolic signature, Igual-Gil et al. Nature Scientific reports, nov. 2024).
  8. GDF15: emerging biology and therapeutic applications for obesity and cardiometabolic disease, Wang et al. (Nat Rev Endocrinol, oct. 2021).
  9. GDF15 promotes weight loss by enhancing energy expenditure in muscle, Wang et al. (Nature, juin 2023).
  10. Total and H-specific GDF15 levels increase in caloric deprivation independently of leptin in humans, Chrysafi et al. (Nature Communications, juin 2024).
  11. Combined genetic deletion of GDF15 and FGF21 has modest effects on body weight, hepatic steatosis and insulin resistance in high fat fed mice, Patel et al. (Mol Metab, nov 2022).
  12. Role of growth differentiation factor 15 in cancer cachexia, Ling et al. (Ocol Lett, septembre 2023).
  13. Desensitizing Effect of Intra-Tumoral GDF-15 on Immunotherapy in Patients With Advanced Non-Small Cell Lung Cancer, Nishioka et al. (Thorac Cancer, mai 2025).
  14. Ponsegromab for the Treatment of Cancer Cachexia, Groake et al. (NEJM, sept 2024).
  15. New horizons with growth differentiation factor 15 in oncology : from cancer cachexia and tumour immunity to novel therapeutic strategies, Sugiyama et al. (Current Oncology, octo. 2025).
  16. GDF15: from biomarker to target in cancer cachexia, Hüllwegen et al. (Trends Cancer, nov 2025).
  17. Neutralizing GDF-15 can overcome anti-PD-1 and anti-PD-L1 resistance in solid tumours, Melero et al. (Nature, déc. 2024).
Recevez chaque mois la newsletter d'Expertise PUI destinée aux pharmaciens.

Nos actualités

Le comité d'experts indépendants

 

Fait par des pharmaciens hospitaliers, pour des pharmaciens hospitaliers ! L'ensemble de nos contenus sont pensés et rédigés par un comités d'experts indépendants, cela pour mieux vous accompagner dans vos pratiques quotidiennes.

En savoir plus
Information médicale
Ce qui peut vous intéresser
Pour poursuivre votre navigation vers un site externe à Roche, cliquez sur « Continuer ».