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Expertise PUI
Management et organisation

Le congrès HOPIPHARM 2026 s’est tenu à Montpellier des 27 au 29 mai derniers. Expertise PUI y était. Voici ce que nous avons retenu de six des nombreuses conférences et symposiums proposés.

Focus 1 - Circuit des produits de santé et pharmaco-économie : des outils pour réduire le gaspillage et sécuriser les pratiques

La session consacrée au circuit des produits de santé et à la pharmaco-économie a mis en lumière plusieurs initiatives visant à optimiser l'utilisation des ressources, renforcer la sécurisation des traitements et améliorer l'efficience des organisations de soins.
Dorian Protzenko (Gap) a présenté un travail portant sur les retours de médicaments en hospitalisation à domicile (HAD), avec l'objectif de développer et valider une méthode d'évaluation. L'équipe a en effet élaboré un score de criticité reposant sur le produit de trois critères notés de 1 à 4 : impact économique, impact écologique et impact clinique. L’analyse réalisée sur le mois de décembre 2025 a mis en évidence 8 573 unités retournées par l’Hospitalisation à domicile (HAD) à la Pharmacie à usage intérieur (PUI), correspondant à 73 dénominations communes internationales (DCI) et à 53 % des délivrances. Le coût associé atteignait 3 215 euros pour un impact environnemental estimé à 2,5 tonnes équivalent CO₂. Les principales classes concernées étaient les antalgiques, les laxatifs et les traitements des troubles gastro-intestinaux. Une première liste de dix molécules prioritaires a été identifiée, représentant à elle seule 775 kg équivalent CO₂ et 850 euros. Les auteurs soulignent toutefois que le gaspillage ne relève pas uniquement des modalités de délivrance, mais également d'un suivi insuffisant des stocks et de l'absence de traçabilité informatique. Parmi les pistes envisagées figurent l'automatisation des retours grâce à l'intelligence artificielle et la généralisation de la traçabilité numérique.
Karoline Marzec (Béthune) s'est intéressée à la sécurisation des immunosuppresseurs, médicaments à marge thérapeutique étroite particulièrement exposés aux erreurs. Face à une augmentation des interventions pharmaceutiques observée entre 2023 et 2024, plusieurs actions ont été mises en œuvre : paramétrage du logiciel de prescription, création d'outils pédagogiques, diffusion d'informations sur les médicaments à risque et sensibilisation des équipes. Ces résultats plaident pour une meilleure intégration des immunosuppresseurs dans les listes de médicaments à risque.
Enfin, Axelle Lamy (Limoges) a présenté DialyzeView, un outil numérique d'aide à la décision destiné au choix des dialyseurs en hémodialyse chronique. Conçu pour répondre à l'hétérogénéité des fiches techniques et à l'absence de standardisation des indices de performance, cet outil permet de comparer jusqu'à neuf dialyseurs selon de nombreux paramètres techniques, cliniques et médico-économiques. Il intègre notamment des analyses de clairance, des calculateurs de KT/V et des indicateurs de coût-efficacité. L'objectif est de favoriser une prise de décision plus transparente, harmonisée et évolutive, tout en optimisant l'efficience des prises en charge.

Focus 2 - Atelier interactif EAHP - Un langage commun pour tous les robots de pharmacie. Résultats d'une étude européenne

Lors de l’atelier interactif de l’Association européenne des pharmaciens hospitaliers (EAHP), ont été dévoilés les résultats du travail mené par le groupe d’intérêt spécial (SIG en anglais) consacré à l’interopérabilité des systèmes d’automatisation en pharmacie à usage intérieur (PUI). Fruit d’une collaboration inédite entre 12 pharmacies hospitalières européennes et 10 industriels du secteur, ce projet a abouti à la définition d’un protocole de communication standard, indépendant des fabricants, reposant sur le standard HL7 FHIR (Fast Healthcare Interoperability Resources).
L’objectif est de permettre aux équipements automatisés de communiquer entre eux sans nécessiter de développements spécifiques. Cette approche a été démontrée lors d’un showcase organisé au congrès de l’EAHP à Barcelone. En favorisant un « langage commun » entre les automates, le projet vise à réduire la complexité des intégrations au sein des PUI, à accélérer les projets d’automatisation et à poser les bases d’un écosystème interopérable à l’échelle européenne. Une avancée particulièrement attendue dans des établissements où les systèmes sont nombreux. Au CHU de Tours, par exemple, près de 250 logiciels sont paramétrés pour interagir avec les robots de pharmacie.

Focus 3 - Assemblée professionnelle 1 - Vaccination : comment le pharmacien hospitalier peut-il s'emparer de cette nouvelle mission ?

La vaccination constitue l’un des leviers majeurs de santé publique pour prévenir les maladies infectieuses, protéger les populations les plus vulnérables et limiter la survenue d’épidémies. C’est dans ce contexte que l’assemblée professionnelle consacrée à la vaccination a mis en lumière le rôle croissant du pharmacien hospitalier dans cette mission de prévention, à travers ses dimensions logistiques, cliniques et pédagogiques.
Le Dr Anke Bourgeois (CHU de Montpellier – Institut Bouisson Bertrand) a rappelé les fondements et les enjeux de la vaccination. Depuis la première variolisation réalisée en Angleterre en 1721 jusqu’aux stratégies actuelles de prévention, la vaccination poursuit plusieurs objectifs : protéger l’individu, protéger les autres, préserver les populations exposées et contribuer à la maîtrise des épidémies. La couverture vaccinale constitue ainsi un enjeu collectif, le geste vaccinal étant présenté comme un acte de responsabilité citoyenne.
Jean Poitou (Synprefh) a détaillé les évolutions réglementaires récentes qui élargissent les missions des pharmaciens hospitaliers. Dans le prolongement des enseignements tirés de la crise sanitaire liée à la Covid-19, les pharmaciens exerçant en PUI disposent désormais d’un droit de prescription et d’administration pour les vaccins du calendrier vaccinal, ainsi que pour ceux contre la grippe saisonnière et la Covid-19. Cette activité reste encadrée par des obligations de formation et de déclaration auprès de l’Ordre. Certaines limites subsistent toutefois, notamment l’exclusion des préparateurs en pharmacie hospitalière et des internes du champ de la prescription vaccinale.
L’intérêt de cette évolution est particulièrement marqué pour les patients fragiles, comme l’a souligné Mathieu Corvaisier (CHU d’Angers) en présentant le projet de recherche VAX-PH’RAIL. Malgré leur risque accru de complications infectieuses, ces patients présentent encore des couvertures vaccinales insuffisantes, notamment contre la grippe, le pneumocoque ou la Covid-19. Le projet vise à évaluer l’impact du pharmacien clinicien prescripteur sur l’amélioration de la vaccination des populations vulnérables et à construire un modèle intégré de parcours vaccinal hospitalier.
La question de l’hésitation vaccinale a également occupé une place centrale dans les échanges. Jean-Philippe Lanoix et Aurélie Terrier-Lenglet (CHU d’Amiens) ont partagé leur retour d’expérience sur les consultations pharmaceutiques dédiées à la vaccination. L’approche repose avant tout sur l’écoute, le dialogue et l’accompagnement des patients afin de répondre à leurs interrogations et de favoriser une décision éclairée.
Enfin, Nenad Miljkovic, président de l’Association européenne des pharmaciens hospitaliers (EAHP), a replacé ces évolutions dans un contexte européen marqué par une implication croissante des pharmaciens dans les politiques vaccinales. Cette dynamique confirme le rôle stratégique que peuvent jouer les pharmaciens hospitaliers dans l’amélioration de la couverture vaccinale et le renforcement des actions de prévention au sein des établissements de santé.

Focus 4 - Pharmaciens hospitaliers face au défi Génération Z : comprendre, attirer, mobiliser

À l’heure où les établissements de santé peinent à recruter et fidéliser leurs professionnels, comprendre les attentes de la génération Z apparaît comme un enjeu majeur. Lors de la conférence consacrée à ce sujet, Élodie Gentina, docteure en sciences de gestion à l’IESEG School of Management, a brossé le portrait de cette génération née après 1995, dont les caractéristiques bousculent les modèles managériaux traditionnels.
Première génération véritablement numérique, la génération Z a grandi avec les outils digitaux. Aujourd’hui, 80 % des enfants disposent d’un smartphone dès l’entrée au collège et 85 % des 12-18 ans présentent une forme de dépendance à cet outil. Pourtant, cette hyperconnexion ne supprime pas le besoin de relations humaines : 65 % des jeunes déclarent se sentir isolés. Pour les employeurs, cette donnée souligne l’importance de créer du lien et de favoriser les interactions au sein des équipes.
La génération Z se distingue également par son rapport à la consommation et à la société. Qualifiée de première génération post-matérialiste, elle privilégie davantage l’usage à la possession, comme en témoigne le recours massif à l’achat de seconde main. Elle est aussi marquée par une forte conscience des enjeux sociétaux et environnementaux : 59 % des jeunes souffrent d’éco-anxiété.
Dans le monde du travail, les attentes évoluent. La hiérarchie conserve sa légitimité, mais elle doit désormais être plus collaborative, bienveillante et égalitaire. Les jeunes professionnels accordent une grande importance à l’authenticité et aux compétences humaines des managers. Ils souhaitent également comprendre le sens des décisions et participer à leur élaboration. Élodie Gentina parle ainsi d’une génération « omnisciente », dont 90 % des membres veulent savoir comment naissent les idées et contribuer à leur construction.
Pour attirer et fidéliser ces professionnels, les établissements hospitaliers doivent repenser certains leviers managériaux. La valorisation constitue notamment un facteur clé : 64 % des jeunes citent le manque de reconnaissance parmi les principales raisons de quitter une organisation. L’intervenante recommande également de soigner les phases d’intégration et de départ grâce à la règle du « 5/3/2 » : identifier cinq raisons de rester, trois raisons de partir et deux changements prioritaires à mettre en œuvre. Plus largement, la fidélité de cette génération se construit désormais autour de dimensions multiples, à la fois sociales et apprenantes, invitant les organisations à renouveler leurs pratiques pour renforcer leur attractivité.

Focus 5 - Conférence scientifique - Prise en charge des cancers : aujourd'hui et demain

Lors de la conférence consacrée à la prise en charge des cancers aujourd’hui et demain, plusieurs experts ont mis en lumière les avancées qui transforment l’oncologie, de l’immunothérapie aux médicaments de thérapie innovante (MTI), en passant par l’intelligence artificielle.
Le Pr Éric Vivier a notamment souligné le potentiel d’un anticorps ciblant les récepteurs NKG2A exprimés par les lymphocytes NK et les lymphocytes T CD8 infiltrant les tumeurs. Associé à une immunothérapie dans le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC), ce traitement pourrait renforcer l’activité cytotoxique du système immunitaire et accroître l’efficacité d’autres anticorps thérapeutiques.
La conférence a également abordé les enjeux liés aux MTI, une nouvelle classe de médicaments biologiques complexes. Anaïs Grand a rappelé que leur développement s’accompagne d’une complexité biologique et logistique sans précédent, impliquant une responsabilité accrue des pharmaciens hospitaliers. Leur préparation nécessite des autorisations spécifiques des PUI, tandis que leur déploiement soulève des défis importants en matière de ressources humaines, de capacités de production et d’évolution des parcours de soins. La formation des équipes pharmaceutiques et l’exploitation des données de vie réelle à l’échelle nationale constituent également des enjeux majeurs pour accompagner l’essor de ces thérapies innovantes.
Ces évolutions illustrent la transformation rapide de l’oncologie vers une médecine de précision toujours plus personnalisée, dans laquelle l’innovation thérapeutique, l’exploitation des données et l’expertise pharmaceutique occupent une place centrale.

Focus 6 - Symposium Roche - Optimisation du parcours de soin en hématologie et l’impact des traitements par anticorps bispécifiques dans la prise en charge du Lymphome à Grandes Cellules B (LGCB)

Lors du symposium organisé par l’équipe Roche lors de cette édition d’Hopipharm, trois experts (Pr Charles Herbaux, hématologue au CHU de Montpellier, Pauline Barbier, pharmacienne au CHU de Nancy, Pr Catherine Rioufol, pharmacienne aux HCL - GH Sud à Lyon), ont fait le point sur l’évolution de la prise en charge du lymphome à grandes cellules B (LGCB), en particulier sur la place croissante des anticorps bispécifiques aux côtés des thérapies par cellules CAR-T. Les interventions ont également mis en lumière les enjeux organisationnels et pharmaceutiques associés à ces innovations thérapeutiques.
Les présentations ont rappelé les différences de mécanisme d’action entre les deux approches. Les thérapies CAR-T reposent sur une modification ex vivo des lymphocytes T du patient avant leur réinjection, tandis que les anticorps bispécifiques recrutent directement les lymphocytes T au contact des cellules tumorales grâce à une double reconnaissance antigénique. Ces traitements partagent toutefois certains effets indésirables spécifiques, en particulier le syndrome de relargage cytokinique (CRS) et les toxicités neurologiques de type ICANS, qui nécessitent une surveillance étroite et une organisation adaptée des soins.
Les données cliniques présentées montrent des résultats encourageants avec les anticorps bispécifiques chez les patients en rechute ou réfractaires. Les études citées rapportent des taux de réponses complètes durables chez une proportion significative de patients lourdement prétraités, y compris après échec d’une thérapie CAR-T. Les résultats observés en deuxième ligne chez des patients non candidats aux stratégies intensives suggèrent également une amélioration de la survie sans progression et de la survie globale par rapport à certaines chimiothérapies conventionnelles.
Au-delà de l’efficacité clinique, plusieurs interventions ont porté sur les conséquences pratiques de l’arrivée de ces traitements. Les pharmaciens hospitaliers doivent gérer des protocoles complexes intégrant des schémas d’escalade de doses, des prémédications spécifiques et la prévention du risque infectieux. La disponibilité rapide d'un anticorps anti-IL-6, utilisé dans la prise en charge des CRS, constitue également un enjeu organisationnel majeur.
Enfin, l’expérience du programme OncoHCity développé aux Hospices Civils de Lyon a illustré l’importance d’un parcours de soins coordonné associant hôpital, pharmacie clinique et professionnels de ville. Les patients atteints de LGCB sont fréquemment polymédiqués, exposés à des interactions médicamenteuses et à un risque accru de rupture de parcours. L’intégration du pharmacien clinicien et le renforcement du lien ville-hôpital apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour sécuriser l’utilisation de ces nouvelles thérapies et optimiser leur bénéfice clinique.

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