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Expertise PUI
Management et organisation

Deux chiffres qui disent tout, du moins beaucoup : 14 % des postes de pharmaciens sont vacants dans les Pharmacies à usage intérieur (PUI). Par ailleurs, en deuxième année de pharmacie, 1 100 places sont actuellement vacantes. Comment en est-on arrivé là ? Esquisse d’explications.

« Nous sommes passés de la crainte, il y a quelques années, de voir des gens au chômage, à un problème de démographie au point que la pharmacie hospitalière et d’officine sont en tension », résume le Pr Samuel Limat, président de la Commission médicale d’établissement du CHU de Besançon. Et ce, alors que « l’on assiste aujourd’hui à une véritable explosion des activités de pharmacie clinique dans les établissements de santé avec, à la clef, des créations de postes tant dans les CHU que dans les hôpitaux de plus petite taille », note Philippe Cestac, vice-Président du Syndicat national des pharmaciens des établissements publics de santé (Synprefh). Une distorsion qui forcément interroge sur ses causes, lesquelles, à en croire l’ensemble des acteurs, sont plurielles.

Toujours est-il que pareil constat est des plus surprenants car comme le rappelle le Pr Claude Dussart, Doyen de la Faculté de pharmacie de Lyon, « parmi tous les futurs confrères qui sortent de la Faculté, je n’en connais pas qui soit mécontent et qui ne se projette pas dans son avenir professionnel. Les métiers de la pharmacie sont en effet riches et diversifiés quant aux possibilités d’évolution qu’ils offrent. Ce panel permet de vivre des épisodes professionnels dans différents secteurs, d’autant que les jeunes qui arrivent s’approprient sans difficulté toutes les missions des pharmaciens. Le contrat est rempli. Il n’y a donc pas de crise de représentations du métier d’autant qu’il y a vraiment matière à trouver sa voie. » Sans compter la mise en place, çà et là, de doubles cursus innovants et stimulants du type pharmacien-ingénieur, pharmacien-manager, etc. Ce qui a fait dire à Patrick Rambourg, Président de la section H du Conseil de l’Ordre des pharmaciens que « le problème des ressources humaines n’est pas réellement un problème d’attractivité »1.

Un déficit « de visibilité, en particulier au niveau de Parcoursup »

Alors comment expliquer pareil décalage ? En partie par la réforme Parcours Accès Santé Spécifique-Licence accès santé (Pass-Las) des études de santé, entrée en vigueur il y a deux ans et dont l’impact commence à se faire sentir. À cet égard, le Pr Limat suggère l’existence « d’un effet cascade » de cette dernière et un éventuel « problème de lecture, de compréhension et d’orientation des étudiants ». Sans compter des facultés qui ne se sont peut-être pas encore pleinement approprié le dispositif « alors même que la pharmacie n’a jamais été autant médiatisée positivement, en particulier depuis la crise sanitaire ». C’est pourquoi Samuel Limat se refuse, pour l’heure, à parler de « désaffection des étudiants pour la pharmacie et de crise des vocations ».

Pour Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), il ne fait pas de doute que ladite réforme a eu « un effet complètement délétère car elle rend invisibles les autres filières à part médecine. En outre, tous les jeunes qui optent pour la Pass le font dans le but de faire médecine. Il serait donc préférable que les études de pharmacie soient majoritairement accessibles via la Las en priorisant celle-ci et en y incluant des options pharmacie. »

À cela, s’ajoute un déficit « de visibilité, en particulier au niveau de Parcoursup, pointe Claude Dussart. Aujourd’hui, il n’est pas évident, pour un lycéen, de comprendre comment suivre des études de pharmacie. La réforme Pass-Las est difficile à expliquer à un profane. » Philippe Besset fait, au demeurant, remarquer que « le mot pharmacien ne figure même pas sur Parcoursup ». Il en résulte « une invisibilité du métier de pharmacien au niveau du lycée ».

Une mauvaise anticipation de la démographie

Un état de carence auquel entend bien remédier la Conférence des doyens de pharmacie en proposant, dixit Claude Dussart, de « faire évoluer le modèle d’entrée dans les études de pharmacie en déployant un scénario alternatif respectant l’esprit de la réforme mais qui assure davantage de visibilité de la filière pour les lycéens. Pour cela, il est nécessaire de mettre l’accent sur la communication y compris au niveau territorial en allant à leur rencontre. L’idée est que la première année de pharmacie soit beaucoup plus lisible avec un début du cursus qui soit d’emblée axé sur la pharmacie ». Un avis partagé par Philippe Cestac, qui souhaite que l’on « communique mieux sur les différents métiers de pharmacien dans la mesure où beaucoup d’élèves ne connaissent que le volet qui a trait à l’officine ». Justement, le ministre de la Santé et de la Prévention, François Braun, se dit « conscient » de la situation et s’est engagé à lancer une mission avec la Conférence des doyens, avec comme tâche, la formalisation d’une boîte à outils pour inverser la tendance.

Autre élément : l’obligation, depuis maintenant quelques années, de détenir un Diplôme d’études spécialisées (DES) pour être habilité à exercer comme pharmacien hospitalier. « Cela est certes indispensable et salutaire en termes de qualité de prise en charge des patients mais cela a pu également générer de la contrainte dans le recrutement au sein des PUI dans certains territoires », estime Philippe Cestac. Cependant, aux yeux de Claude Dussart, « cela n’entre pas en ligne de compte au regard de la problématique de l’attractivité et de la fidélisation de la profession ». « Nous ne remettons pas en cause l’exigence du DES de pharmacie hospitalière, spécifie, de son côté, Patrick Rambourg. Il faut des compétences spécifiques en pharmacie. »1

Une chose est sûre, déplore Philippe Cestac, « il y a eu une mauvaise anticipation de la démographie puisqu’il manque des professionnels dans tous les secteurs de la pharmacie. Il y a un problème général de numerus clausus ». Alors que dans le même temps, « la pharmacie hospitalière a été marquée par un nombre de postes, de missions et de prérequis pour exercer, en constante augmentation, remarque le Professeur Limat. Or, pendant les premières années, le nombre de postes d’internes ouverts au concours n’a pas augmenté… » Ce n’est désormais plus le cas puisque le ministère de la Santé a accepté, à la demande de la profession, d’ouvrir 80 postes supplémentaires au concours de l’internat. Une démarche qu’il maintiendra qu’à condition qu’elle soit couronnée de succès.

Référence :
1. Propos tenus lors des 34e journée de l’Ordre national des pharmaciens, le 21 novembre 2022, rapportés par nos confrères d’Hospimedia.

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