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Expertise PUI
Management et organisation

Le 31 mars dernier, Roche organisait le 1er Forum Hospitalisation à domicile (HAD) Provence-Alpes-Côte d’Azur, réunissant les dix établissements régionaux engagés dans l’expérimentation nationale sur l'hospitalisation à domicile en oncologie (article 50). Pharmaciens hospitaliers, médecins, infirmiers coordinateurs et structures d’HAD ont collaboré durant une journée pour lever les freins qui ralentissent encore ce virage ambulatoire. Retour sur une initiative inédite, avec trois acteurs de terrain.

La région Provence-Alpes-Côte d'Azur affiche un taux de recours à l'HAD en oncologie deux fois inférieur à la moyenne nationale — il était même six fois inférieur en 2020. Ce retard structurel, couplé à une grande hétérogénéité des pratiques entre établissements, a convaincu Roche de créer un espace d'échange inédit entre acteurs régionaux. « Nous sommes partis du constat que ces centres ne se connaissaient pas vraiment sur ce sujet, qu'ils ne savaient pas ce que les uns et les autres faisaient, notamment ceux qui participaient à l'expérimentation article 50 », explique Alexandre Verckens, Responsable Grands Comptes et Accès en région PACA-Corse chez Roche. Inscrite dans la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2024 et encadrée par un décret de février 2025, cette expérimentation de trois ans prévoit le versement d'un forfait mensuel à l'établissement prescripteur pour chaque patient adressé en HAD dans le cadre d'un traitement du cancer.

Pour Roche, s'engager sur ce terrain est une continuité logique : le laboratoire a développé la grande majorité de ses anticorps monoclonaux en forme sous-cutanée ; une voie d'administration qui réduit significativement le temps de présence de l'infirmière au domicile du patient, et rend donc la prise en charge en HAD plus viable au quotidien.

Une enquête préalable menée auprès des établissements a fait émerger quatre problématiques communes : la formation des professionnels intervenant au domicile, la logistique du médicament, la coordination entre établissements adresseurs et structures d’HAD, et les enjeux financiers. Ces quatre axes ont structuré l'ensemble de la journée.

Une journée en mode World Café

Une cinquantaine de participants — représentants de dix établissements publics, privés et Centre de lutte contre le cancer (CLCC), accompagnés de leurs structures d’HAD partenaires — se sont réunis dans un format délibérément participatif. La journée s'est organisée autour de deux rotations de World Cafés, soit huit ateliers thématiques, et chaque groupe s'appuyait sur le travail du précédent pour enrichir la réflexion collective. Le matin : cadre réglementaire, parcours de formation des professionnels, logistique du médicament, et coordination hôpital de jour/structure d’HAD. L'après-midi : solutions de télésurveillance, circuit du médicament pour les patients éloignés, voies d'administration (IV, sous-cutané), et modèle économique. Les trinômes pharmacien hospitalier, infirmier coordinateur et médecin ont été volontairement répartis dans des ateliers différents, favorisant les rencontres avec des professionnels d'autres structures.

En fin de journée, chaque délégation d’établissement s'est retrouvée pour construire un plan d'action propre à son établissement. Un tableau collectif partagé a permis à chacun d'identifier les sujets sur lesquels il pouvait apporter de l'expertise, et ceux sur lesquels il cherchait de l'aide.

Des échanges pluriprofessionnels

Pour Françoise de Crozals, pharmacien gérant à l'Institut du cancer Avignon-Provence (ICAP) Sainte-Catherine, impliquée dans le parcours HAD, la mixité des profils a été déterminante. « Les échanges étaient très constructifs, parce que chacun dans son métier a pu exprimer, sur les thématiques choisies, les enjeux, les freins, et surtout comment il envisageait l'avenir », soutient-elle. La question économique reste centrale pour les établissements. À cela s'ajoute une contrainte territoriale : « Nos patients peuvent effectuer entre une et deux heures de route pour venir à l'ICAP. Le territoire que l'on couvre est large et les transports sont loin d'être optimisés. » D’où l’intérêt d’avoir recours à l’HAD pour ces patients éloignés. 

Sur le format de la journée : « Le partage a eu lieu, et tout le monde a joué le jeu, autant les HAD privées que publiques. Pour que la dynamique prenne, tout le monde doit trouver un bénéfice, aussi bien les établissements de santé que les structures HAD. »

La question du modèle économique

Julie Ducray, pharmacien en charge de la pharmacie clinique et du lien ville-hôpital au Centre Antoine Lacassagne (CAL) de Nice, participe au développement du recours à l'HAD depuis plusieurs années. Elle décrit une tension bien réelle : « Nous avons à la fois la volonté de développer fortement le recours à l'HAD parce que le bénéfice patient est réel, et en même temps nous nous investissons avec parcimonie car sinon l'établissement ne peut pas tenir financièrement. » Le calibrage du forfait pose un problème en pratique : « Nous avons des patients qui viennent toutes les trois semaines par exemple pour recevoir leur traitement anticancéreux, explique-t-elle. Le forfait mensuel de l'expérimentation ne compense pas ce que l'établissement percevrait en hôpital de jour, et le rythme n’est pas cohérent par rapport aux protocoles prescrits. » C'est précisément pour porter collectivement ce constat que le forum avait du sens selon elle : « Une voix par-ci par-là ne serait pas entendue. Mais si nous nous réunissons et partageons nos problématiques communes, nous serons plus forts. »

La diversité des situations entre établissements n'a pas simplifié la recherche de solutions communes. Certains disposent d'une HAD interne, d'autres travaillent avec des prestataires externes. Certains sont en zone urbaine dense, d'autres couvrent des territoires difficiles d'accès, comme l'arrière-pays niçois, où les patients auraient pourtant le plus à gagner d'une prise en charge à domicile.

Concernant la formation, le CAL accueille les équipes des HAD partenaires en interne. « Cela leur permet de comprendre comment nous fonctionnons, notamment le fait que nous ne pouvons valider un traitement qu'à partir d'une certaine heure, parce que nous attendons les résultats des bilans biologiques ou vérifions la tolérance du patient par rapport à sa cure précédente », donne-t-elle en exemple. Elle cite également un besoin identifié lors du forum : des outils de planification partagés entre établissement et HAD, pour éviter que la même logistique - planification des rendez-vous, préparation des traitements, coordination des livraisons - ne soit gérée en double des deux côtés.

Des suites concrètes

Le forum n'était pas pensé comme un événement isolé. Chaque établissement bénéficie d'un suivi individuel par Roche, de même huit visioconférences thématiques sont programmées sur 2026 — quatre avant l'été, quatre après — pour approfondir les sujets clés : coordination hôpital de jour/HAD, logistique du médicament, parcours de formation et modèle économique. L'OMEDIT PACA s'est associé à la démarche : « Il souhaite récupérer les conclusions du forum pour voir dans quelle mesure les travaux peuvent se transformer en recommandations ou en bonnes pratiques régionales, précise Alexandre Verckens. C'est une démarche qui nous a beaucoup plu. » Et Julie Ducray de résumer : « Nous nous sommes rendu compte que nous n’étions pas les seuls à être en difficulté. Nous avons ainsi pu crever l'abcès. » Une initiative fédératrice qu'elle espère voir se décliner au-delà de la région PACA.

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