Au fil d’une soirée et d’une journée rythmées par des tables rondes et des interventions de haut niveau, PRES a permis de décrypter les grandes mutations à l’œuvre dans le système de santé.
Année après année, l’esprit PRES perdure : offrir un temps de recul pour comprendre, anticiper et partager autour des évolutions qui façonnent le quotidien et l’avenir du système de santé et du métier de pharmacien. Une dynamique collective, presque d’« esprit de corps », qui explique la fidélité des participants et la richesse des échanges.
De la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) 2026 aux enjeux d’intelligence artificielle, en passant par la décarbonation, la financiarisation de la santé ou encore la coordination des parcours, les discussions ont mis en lumière les défis très concrets auxquels sont confrontés les acteurs du système de santé et les professionnels de santé eux-mêmes.
LFSS 2026 : des équilibres toujours plus contraints
Comme chaque année, la journée s’est ouverte sur une table ronde modérée par Samuel Limat, PU-PH, pharmacien, président de CME, CHRU de Besançon, sur la LFSS 2026. L’Objectif national des dépenses de l’Assurance maladie (ONDAM), fixé à +3,1 %, a été au cœur du décryptage de Malik Albert, adjoint au directeur général, Centre hospitalier Princesse Grace (Monaco), illustrant la tension persistante entre maîtrise des dépenses et besoins croissants des établissements de santé. Sa présentation de la loi a mis en lumière les impacts concrets pour les hôpitaux : marges de manœuvre limitées, pression accrue sur l’efficience et nécessité de prioriser les investissements.
Autre sujet clé développé par Claudine Gard, pharmacien hospitalier, OMéDIT PACA-Corse : les dispositifs d’intéressement financier et les mécanismes de type Prescriptions hospitalières effectuées en ville (PHEV), qui visent à inciter les établissements à optimiser leurs pratiques. Enfin, la question de la redispensation des médicaments non utilisés, à la croisée des enjeux économiques, organisationnels et environnementaux, présentée par Frédéric Benizri, pharmacien hospitalier, Institut Paoli-Calmettes, Marseille, a suscité d’autant plus d’intérêt et de questionnements que la LFSS en a fait un sujet d’expérimentation.
5 points à retenir
LFSS 2026 sous contrainte : ONDAM limité à +3,1 %, traduisant un cadre budgétaire serré.
Équilibre délicat : tension persistante entre maîtrise des dépenses et besoins hospitaliers croissants.
Pression sur les hôpitaux : marges réduites, exigence accrue d’efficience et arbitrages renforcés.
Logique d’incitation : développement des dispositifs d’intéressement, dont les mécanismes type PHEV.
- Économie circulaire : expérimentation de la redispensation des médicaments, à la croisée des enjeux économiques et environnementaux.
Décarbonation : de l’intention à l’action hospitalière
La transition écologique s’impose désormais comme un enjeu structurant pour le système de santé. La table ronde animée par Isabelle Borget, PU-PH, pharmacien, économiste de la santé, Institut Gustave Roussy et Université Paris-Sud, a permis de passer d’une approche théorique à des retours d’expérience très concrets.
Bertrand Favier, pharmacien, chef de service, Centre Léon Bérard (Lyon) a d’abord souligné l’intérêt, mais aussi les limites des méthodologies actuelles de calcul de l’empreinte carbone, encore hétérogènes et parfois difficiles à exploiter pour les établissements.
Jean-François Husson, pharmacien hospitalier au Centre hospitalier de Blois, chargé de mission au pôle offres de la FHF, a ensuite présenté une vision plus systémique développée par la Fédération hospitalière de France (FHF), notamment autour de l’économie circulaire appliquée aux produits de santé : réduction des déchets, réutilisation, optimisation des circuits logistiques.
Enfin, Anne Rullier, médecin pathologiste au CHU de Bordeaux, a montré l’intérêt d’initiatives de terrain avec les « unités durables et soins écoresponsables », qui prouvent la faisabilité d’actions concrètes qui font sens pour les équipes de l’hôpital. Un message fort ressort : la décarbonation n’est plus une option, mais elle nécessite des outils opérationnels et un accompagnement des équipes au changement.
5 points à retenir
La décarbonation est désormais un enjeu central pour le système de santé.
Les outils de mesure de l’empreinte carbone restent perfectibles.
Une approche globale, intégrant l’économie circulaire, est indispensable.
Des initiatives concrètes prouvent la faisabilité sur le terrain.
- La transition nécessite des outils opérationnels et un accompagnement des équipes.
Financiarisation de l’offre de soins : quels risques pour l’équilibre du système ?
La financiarisation croissante de la santé a suscité des échanges particulièrement nourris. Modérée par Isabelle Borget, cette table ronde a permis de croiser les regards d’expérience (biologie médicale, radiologie, officine et la vision institutionnelle) en présence de Yannick Neuder, député de l’Isère, ancien ministre de la Santé et de l’accès aux soins afin d’en saisir toute la complexité.
Les regards d'expérience ont été portées par François Blanchecotte, président de la Fédération de biologie médicale (FBM) et du Syndicat des biologistes (SDBIO), Lambros Tselikas, PU-PH, radiologue interventionnel, Institut Gustave Roussy (Villejuif), François-Xavier Hemery, pharmacien d’officine, responsable de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France Services (Brest), qui ont pointé les conséquences possibles sur les territoires : concentration de l’offre, risques de désertification dans certaines zones et évolution des modèles économiques.
Au-delà du diagnostic, la discussion s’est orientée vers les leviers d’action : régulation, transparence, articulation entre acteurs publics et privés. Autant de pistes évoquées pour préserver un équilibre entre attractivité économique et mission de service public.
Pour les pharmaciens hospitaliers, ces évolutions interrogent directement leur environnement et les logiques de coopération interprofessionnelle. La vidéo introductive de cette table-ronde, réalisée avec Maître Paul-Henry Job, avocat expert du sujet, est disponible sur Expertise PUI.
5 points à retenir
La financiarisation de la santé suscite de fortes inquiétudes sur l’équilibre du système et ses finalités.
Les professionnels alertent sur une concentration de l’offre, avec un risque accru de désertification territoriale.
Les modèles économiques évoluent, influençant l’organisation des soins et les pratiques.
Des leviers sont identifiés : régulation, transparence et meilleure articulation public-privé.
Pour les pharmaciens hospitaliers, ces transformations questionnent les coopérations interprofessionnelles et leur rôle dans le système.
Coordination ville-hôpital : vers des parcours plus fluides
La coordination des parcours, modérée par Olivier Rozaire, pharmacien d’officine à Saint-Bonnet-le-Château, président de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) pharmaciens Auvergne-Rhône-Alpes (AURA), a constitué un autre temps fort, avec un focus sur les dispositifs innovants. Certains projets issus de l'article 51, notamment en oncologie, sont en train de basculer dans le droit commun et illustrent une transformation des parcours de soins. Les programmes OncoLINK ou AKO@dom-PICTO, décryptés par Catherine Rioufol, pharmacien hospitalier, chef de service, Hospices civils de Lyon, et Delphine Ravily, pharmacien hospitalier – Institut Strauss, Strasbourg, montrent comment décloisonner les prises en charge et renforcer le lien entre ville et hôpital.
Par ailleurs, le développement des essais cliniques décentralisés, présenté par Anaïs Grand, pharmacien hospitalier – Institut universitaire du cancer de Toulouse-Oncopole (Toulouse), et Alexandra Fayel, psychologue, ingénieur de recherche hospitalière, AP-HP (Paris), marque une évolution majeure : le domicile du patient devient désormais un lieu de recherche clinique. Cela suppose de repenser les rôles, les responsabilités et les outils.
Dans ces exemples de nouveaux parcours, le pharmacien apparaît comme un acteur clé de la sécurisation des parcours, de la coordination et de la continuité thérapeutique.
5 points à retenir
La coordination ville-hôpital évolue vers des parcours plus fluides et intégrés.
Des dispositifs innovants issus de l’article 51, notamment en oncologie, entrent dans le droit commun.
Des programmes comme OncoLINK et AKO@dom-PICTO décloisonnent les prises en charge.
Les essais cliniques décentralisés font du domicile un nouveau lieu de recherche.
- Le pharmacien s’impose comme un acteur clé de la coordination, de la sécurisation et de la continuité des soins.
Prix des médicaments : le CEPS sous le feu des projecteurs
Isabelle Borget a consacré le « flash actualité » à la mission flash du CEPS sur le prix des médicaments, ce qui a permis de revenir sur un sujet toujours sensible : la régulation des prix.
Cette intervention a mis en lumière les tensions entre innovation thérapeutique, soutenabilité financière et accès des patients aux traitements. Les travaux en cours interrogent notamment les modèles de fixation des prix et les mécanismes d’évaluation.
Pour les pharmaciens, ces évolutions sont loin d’être théoriques : elles influencent directement les stratégies d’achat, la gestion des stocks et l’accès aux innovations.
IA et data : de l’ambition aux usages concrets
Dernière séquence de la journée, animée par François Bocquet, PU-PH, pharmacien, économiste de la santé, Data Factory & Analytics, Institut de cancérologie de l’Ouest (ICO) (Nantes), l’intelligence artificielle et la data ont été abordées sous un angle pragmatique.
Les interventions de Pierrick Bedouch, PU-PH, pharmacien gérant de PUI, CHU de Grenoble, Aymeric Perchant, coordinateur de la stratégie d’accélération Santé numérique à la Délégation au numérique en santé (DNS), et Pierre-Étienne Heudel, oncologue médical, directeur des parcours, Centre Léon Bérard (Lyon), ont croisé trois niveaux de lecture : la vision du pharmacien hospitalier, l’approche institutionnelle et les parcours innovants testés au Centre Léon Bérard.
Si les ambitions nationales sont fortes, la question centrale reste celle du passage à l’échelle. Comment transformer les promesses en gains d’efficience réels ?
Les exemples présentés montrent que les usages existent déjà : optimisation des parcours, aide à la décision, exploitation des données de santé. Mais leur déploiement nécessite des infrastructures robustes, des compétences adaptées et une gouvernance claire.
5 points à retenir
Passage clé : transformer des ambitions nationales fortes en usages concrets et mesurables.
Trois regards complémentaires : terrain hospitalier, pilotage institutionnel, innovation clinique.
Des cas d’usage déjà réels : optimisation des parcours, aide à la décision, valorisation des données.
Frein majeur : le passage à l’échelle pour générer des gains d’efficience tangibles.
- Conditions de réussite : infrastructures solides, compétences adaptées et gouvernance clarifiée.
Tatiana Brillant, une invitée inspirante
Une nouvelle fois, la conférence inspirationnelle organisée en amont de la journée des tables rondes a offert aux participants un moment particulièrement riche et marquant. Cette année, PRES a eu l’honneur d’accueillir Tatiana Brillant, ancienne négociatrice du RAID.
Au-delà d’un parcours professionnel hors norme, elle a partagé avec les participants des principes d’action et de gestion issus de son expérience sur le terrain, acquise au fil de ses entraînements et de ses interventions.
Elle est revenue sur les fondamentaux de la négociation, la gestion de crise et l’importance cruciale de l’anticipation. Elle a également souligné le rôle central du retour d’expérience, en distinguant clairement le débriefing du RETEX. Elle a aussi partagé des techniques de gestion des émotions et du stress (respiration contrôlée, gestes de confiance…) utilisées par le RAID, ainsi que la manière d’aborder aussi bien la réussite que l’échec d’une opération. Le tout transmis avec une grande simplicité, beaucoup de bienveillance et une réelle générosité dans le partage de son expérience.
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