Pour sauvegarder un contenu en favori, connectez-vous ou créez votre compte dès maintenant.

Inscription Connexion
Expertise PUI
Management et organisation

Pharmacien à l’hôpital de la Conception à Marseille (Assistance publique-Hôpitaux de Marseille), le Dr Raphaëlle Fanciullino (MCU-PH) participe à la Réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) hebdomadaire du service d’hématologie. Dans l’interview qu’elle accorde à Expertise PUI, elle estime que le rôle des pharmaciens y est indispensable, et encourage ses confrères à s’engager en ce sens.

Participer à la RCP du service d’hématologie était une évidence pour vous ?

Dr Raphaëlle Fanciullino - Il y a une dizaine d’années, lorsque le service d’hématologie a ouvert à l’hôpital de la Conception, on m’a proposé de m’en occuper à l’échelle de la pharmacie. J’ai saisi cette opportunité pour m’impliquer dans le service où les activités sont nombreuses. Je participe depuis lors à toutes les visites au lit des patients, je mène les primo-consultations de chimiothérapie orale de manière hebdomadaire, je valide les prescriptions, et je coordonne le programme d'Éducation thérapeutique du patient (ETP) pour les patients d’hématologie (ateliers sur le bilan biologique, l’activité physique, la gestion de l’alimentation). Il était donc logique, dès le début, que je participe à la RCP sur la prise en charge des patients. Elle se déroule tous les lundis matin, avec le chef du service d’hématologie, les médecins, les attachés de recherche clinique (ARC), les hématologues d’autres centres hospitaliers qui présentent des cas patients, le biologiste, l’anatomopathologiste, le cytologiste ou encore l’infirmière de coordination. 

Si ma participation m’a paru d’emblée évidente, pour autant, il faut savoir se rendre indispensable. À titre d’exemple, dans les premiers temps, lorsque nous participions aux visites cliniques, en tant que pharmacien, nous n’étions pas vraiment amenés à intervenir. Notre participation permet de repérer des prescriptions erronées avant même leur rédaction. De plus nous acquérons des compétences dans la discipline.

Quelle est la valeur ajoutée d’un pharmacien au sein d’une RCP ?

Dr R.F. - Avec le partage de notre expertise, nous participons à une fluidification du parcours des patients. Les médicaments possèdent de nombreux statuts, variant selon leurs indications et qui se complexifient. Dans le cadre des traitements, les lignes thérapeutiques sont nombreuses et les recommandations évoluent rapidement. De fait, lorsque nous participons aux RCP, nous ne sommes pas uniquement présents pour écouter. Les médecins pensent « patients » et « traitement ». Pour le reste, ils s’appuient sur nos compétences. Ils nous sollicitent pour nous demander si l’accès à tel médicament est possible, pour connaître les démarches à respecter pour se procurer un médicament hors Autorisation de mise sur le marché (AMM) ou en accès précoce/ accès compassionnel car ils ne possèdent pas de visibilité sur les formalités. Nous sommes force de proposition dans les situations ou des alternatives médicamenteuses doivent être trouvées.

Votre rôle s’étend donc au bon usage du médicament…

Dr R.F. - Nous sommes en effet les garants du bon usage des médicaments et du respect des indications. Nous pouvons donc, dans ce cadre, être amenés à réorienter les médecins dans leur décision. Notre présence permet de cadrer la prescription des médicaments. S’ils souhaitent prescrire un médicament hors indication, il est généralement possible de le faire, mais uniquement en élaborant un protocole et avec une justification à inscrire dans le logiciel métier. L’usage des médicaments hors indication représente un coût pour l’établissement car ils ne sont alors pas remboursés. L’institution doit donc accepter, en amont, de prendre à sa charge le coût des médicaments. À l’AP-HM, une commission dédiée a été créée en ce sens.

L’expertise pharmaceutique est donc indispensable pour être opérationnel au sein d’une RCP…

Dr R.F. - Tout à fait ! D’ailleurs, lorsque les RCP sont organisées en présence de professionnels de santé séniors, il est vrai qu’elles fonctionnent mieux ; les réflexes dans l’analyse de la proposition thérapeutique s’acquièrent avec l’expérience. Nous pouvons aussi repérer des patients à risque pour sécuriser la prise en charge en aval. Pour autant, ce rôle implique aussi d’être en permanence informé des dernières avancées, des nouvelles réglementations et recommandations. Nous nous devons d’être en veille constante, ce qui n’est pas toujours évident. Cette nécessaire spécialisation peut d’ailleurs être bloquante pour la participation des pharmaciens aux RCP car ceux qui n’ont pas leurs connaissances actualisées peuvent se sentir illégitimes à être présents. Toutefois, elle ne devrait pas l’être car elle s’acquière au fil du temps. Les activités à la PUI sont très prenantes, il n’est pas toujours simple de coordonner nos missions quotidiennes et nos participations aux RCP. 

Au-delà de l’expertise, le fait de participer aux RCP permet d’instaurer des habitudes de services, qui peuvent être moins compréhensibles par des professionnels jusqu’alors extérieurs à la réunion. Nous pouvons notamment valider une ligne thérapeutique pour un patient, hors AMM en comprenant plus rapidement le rationnel derrière cette prescription. À titre d’exemple, dans la prise en charge du myélome, pendant longtemps un médicament était prescrit en première ligne thérapeutique mais il engendrait des neuropathies sévères parfois irréversibles. Lorsqu’un autre médicament a été disponible, d’emblée, à l’AP-HM nous avons mis en place un protocole pour le prescrire dans le cadre de la première ligne thérapeutique. Un pharmacien, qui connaît moins les habitudes du service, aurait pu être plus réticent à cette décision. Il a d’ailleurs fallu attendre quatre ans pour que les recommandations officielles évoluent en ce sens. 

Dans le cadre de leur formation, les internes assistent aux RCP à mes côtés car certes, le savoir scientifique est indispensable, mais les relations humaines également. Participer à une RCP peut être stressant, impressionnant pour un junior. Mais être au contact des médecins, des chefs de service, dans un autre contexte, permet de nouer des liens et facilite les échanges par la suite. Je ne peux qu’encourager mes confrères à s’y joindre.

Nos actualités

Le comité d'experts indépendants

 

Fait par des pharmaciens hospitaliers, pour des pharmaciens hospitaliers ! L'ensemble de nos contenus sont pensés et rédigés par un comités d'experts indépendants, cela pour mieux vous accompagner dans vos pratiques quotidiennes.

En savoir plus
Information médicale
Ce qui peut vous intéresser
Pour poursuivre votre navigation vers un site externe à Roche, cliquez sur « Continuer ».