L’article 49 de la LFSS pour 20241 annonçait une évolution du mode de financement hospitalier. Objectif affiché : sortir d’un financement exclusivement centré sur les volumes d’activité des établissements pour mieux tenir compte des objectifs de santé publique, de la structuration des filières de soins et des besoins territoriaux. Dans le nouveau schéma proposé, la tarification à l’activité (T2A) restait dominante pour les activités dites « standard », des dotations spécifiques étaient mobilisées pour les activités répondant à des « objectifs territoriaux et nationaux de santé publique », tandis que certaines activités de soins aigus relevaient d’un financement mixte. « À ce jour, toutefois, la mise en œuvre est reportée », pointe Cécile Chevance, responsable du pôle Offre de soins, Finances, FHF-Data, Recherche et E-Santé à la Fédération hospitalière de France (FHF).
Un décret d’application en 2025
D’un point de vue règlementaire, un décret d’application2 est bien entré en vigueur début 2025, mais sa portée reste très limitée. « Il ne fait que nommer autrement d’anciennes rubriques de crédits », explique Cécile Chevance. Les Missions d’intérêt général et de l’aide à la contractualisation (Migac) sont ainsi devenues respectivement « missions sur objectifs de santé publique » et « missions spécifiques », par exemple. Cela n’entraîne pour autant « ni modification concrète des modalités de financement ni traduction opérationnelle pour les établissements », poursuit-elle.
D’autres réformes en cours
Plusieurs raisons expliquent l’absence de déploiement effectif de la mesure, à commencer par la mise en œuvre de plusieurs autres réformes majeures du financement engagées ces dernières années. En l’occurrence, la réforme du financement des urgences, des soins de suite et de réadaptation (SSR) et de la psychiatrie. « Ce sont des réformes lourdes, dont tous les effets n’ont pas encore été déployés », souligne Cécile Chevance. Elles impliquent la mise en place de Comités régionaux consultatifs d'allocation des ressources (CCAR) et d’outils, l’appropriation par les acteurs, la mobilisation des Agences régionales de santé, des établissements et des fédérations régionales. « Pour l’instant, les travaux ont surtout porté sur les déterminants financiers, sans encore produire les transformations attendues en matière d’organisation des parcours ou d’adaptation de l’offre de soins », ajoute-t-elle. Ils se tiennent, en outre, dans un contexte post-crise Covid et d’instabilité gouvernementale. Dès lors, l’idée d’enchaîner les réformes apparaît peu réaliste. « Il faut être pragmatique et avancer de façon progressive », reconnaît la FHF.
Dialyse et radiothérapie, pour 2027
D’autant que d’autres travaux, qui ne figuraient pas parmi les priorités identifiées dans le cadre de la réforme de 2024, ont également été lancés. C’est le cas de la réforme du financement de la dialyse et de la radiothérapie, engagée dans le cadre de la LFSS pour 2025. Sa mise en application a toutefois été reportée à 2027, en raison d’un point de blocage. En effet, pour la FHF, « cette réforme doit embarquer tout le monde ». Or, en l’état actuel des textes, seuls les établissements de santé sont aujourd’hui concernés. « La LFSS pour 2026 devait corriger cette lacune juridique et étendre la réforme au secteur libéral mais la disposition du projet de loi qui le prévoyait a été supprimée lors des débats », regrette Cécile Chevance.
Soins critiques : un chantier stratégique
Il n’en demeure pas moins que la réforme de 2024 devra se mettre en place. Dans ce cadre, deux chantiers prioritaires ont été identifiés, dont l’un sur les soins critiques. Mais pour la FHF, la méthode pose problème. « Des travaux techniques ont été lancés sur la base de constats, notamment issus du rapport d’une mission IGA3, sans que des objectifs stratégiques aient été définis au préalable, notamment en termes d’organisation de l’offre de soins dans les territoires et de gains capacitaires », déplore Cécile Chevance. Elle rappelle, en outre, que la réforme du financement des soins critiques devait accompagner « la refonte du régime des autorisations des anciennes Unités de soins continus (USC), notamment en nouvelles Unités de soins intensifs polyvalents (USIP) », une réforme qui monte actuellement en charge, ainsi que « la structuration de l’ensemble de la filière des soins critiques, incluant la réanimation, les USIP, les USIP dérogatoires ainsi que les USC qui ne deviendront pas USIP et sortiront donc de la filière ou seront transformées en unités de soins renforcés ».
L’enjeu d’une vision d’ensemble
« Pour nous, il faut une vision d’ensemble, détaille-t-elle. On ne peut pas traiter les sujets en silos, parce que les sujets ne sont pas dissociés. En cas de nouvelle crise sanitaire majeure, par exemple, nous serons sans doute amenés à transformer des lits d’USIP en lits de réanimation, comme ce fut le cas pendant le Covid. C’est un continuum de soins, dans les mêmes lieux, sur des plateaux techniques regroupés. » Après avoir été interrompues, les discussions ont donc repris. Elles se concentrent désormais sur une redéfinition médicale des critères déclenchant les suppléments de financement, en attendant la poursuite de travaux plus globaux. « Mais nous n’avons pas de visibilité à ce jour », reconnaît la FHF.
Soins non programmés : des travaux à l’arrêt
Autre priorité identifiée : la valorisation des soins non programmés. Là encore, la méthode retenue a suscité de fortes réserves. Les premiers travaux ont ciblé la chirurgie, excluant la médecine, pourtant au cœur de l’activité non programmée hospitalière. « Commencer sans embarquer la médecine n’avait pas de sens », souligne Cécile Chevance, qui rappelle que 40 à 50 % des séjours de médecine avec nuitée proviennent des urgences. « Nous avons alerté le ministère et la méthodologie devrait être revue. Mais nous n’avons, depuis, plus de nouvelles. Les travaux sont à l’arrêt depuis plus d’un an. »
Quid des autres modes de financement ?
Alors que les travaux et la mise en œuvre des réformes du financement des urgences, de la psychiatrie ou encore des SSR se poursuivent, les expérimentations menées dans le cadre de l’article 51 de la LFSS pour 2018, saluées par la FHF malgré un cadrage initial jugé contraignant, constituent un véritable laboratoire organisationnel et financier. Près de la moitié des expérimentations évaluées vont d’ailleurs rejoindre le droit commun, signe d’une dynamique territoriale réelle : fin 2025, sur les 102 expérimentations terminées, 48 avaient en effet débouché sur un avis favorable à une généralisation et 15 expérimentations étaient déjà transposées dans le droit commun. « Pour autant, ces dispositifs ne sauraient se substituer à une réflexion globale sur la refondation du financement du système de santé, au-delà du seul périmètre hospitalier », estime Cécile Chevance.
Liste en sus : une réflexion de fond s’engage enfin ?
Conçue comme un correctif aux limites de la T2A, la liste en sus sécurise l’accès aux innovations thérapeutiques en extrayant certains médicaments et dispositifs médicaux du tarif des Groupes homogènes de séjour (GHS). En 2023, un moratoire censé permettre une refonte concertée des critères d’inscription et de radiation des produits de santé, avait toutefois été décidé. Or, ce travail collectif n’avait, jusqu’ici, pas été engagé et un certain nombre de dispositifs médicaux et produits pharmaceutiques ont finalement été radiés début 2026. « Une réflexion s’engage enfin sur ce sujet, salue la FHF. Ce ne peut pas être une gestion au coup par coup, campagne budgétaire après campagne budgétaire. »
1. Loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023 de financement de la sécurité sociale pour 2024
2. Décret n° 2024-1267 du 31 décembre 2024 relatif à la réforme du financement des établissements de santé
3. « L’offre de soins critiques - réponse au besoin courant et aux situations sanitaires exceptionnelles » ?, Igas, mars 2022 (https://igas.gouv.fr/L-offre-de-soins-critiques-reponse-au-besoin-courant-et-aux-situations)
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