Pratiques innovantes
15/12/2022

Hôpitaux de proximité : le circuit du médicament au cœur de la labellisation

Un grand nombre d’anciens hôpitaux locaux sont en cours de labellisation afin de devenir hôpitaux de proximité. Pour y parvenir, ils doivent, entre autres, organiser le circuit du médicament de l’établissement. Pour certains, cela implique une contractualisation avec une pharmacie à usage intérieur (PUI). Retour terrain avec le Centre hospitalier Layon Aubance (CHLA) dans le Maine-et-Loire.


La première réflexion menée par le Centre hospitalier Layon Aubance (CHLA) basé à Terranjou (Maine-et-Loire) de contractualiser avec une PUI, date de 2018. Mais après des changements à la direction, le projet est resté en suspens jusqu’au début de l’année 2020. « Je me suis rapprochée de deux établissements dont le CHU d’Angers, qui fait partie du même Groupement hospitalier de territoire (GHT) », explique Sophie Guinoiseau, directrice du CHLA et présidente de la Fédération nationale des établissements de santé de proximité (FNESP). C’est avec le CHU d’Angers que la contractualisation s’est mise en place afin d’organiser le circuit du médicament pour l’axe sanitaire du CHLA. Cette structure, qui regroupe quatre établissements, propose 27 lits de soins de suite et réadaptation, 212 lits d’Ehpad, 10 lits d’hébergement temporaire et 6 places d’accueil de jour. « Notre activité présente une dominante médico-sociale, comme nombre d’hôpitaux de proximité », souligne la directrice, précisant que l’établissement n’est pas encore labellisé « hôpital de proximité ». Il coche toutes les cases pour y parvenir, sauf une : la présence de lits de médecine, supprimés en 2012. « Nous sommes en discussion avec l’Agence régionale de santé (ARS), pour en rouvrir », précise-t-elle.
 

La réponse à un besoin

Jusqu’à présent, concernant le circuit du médicament, l’établissement travaillait avec les pharmacies d’officine. Mais à plusieurs reprises, les acteurs se sont interrogés sur la pertinence de l’organisation et son évolution possible. « Ce fut notamment le cas avec l’unique officine intervenant sur le volet sanitaire de notre prise en charge », indique Sophie Guinoiseau. Le pharmacien de ville, associé à la démarche, a soulevé certaines problématiques chronophages à gérer en plus de son activité officinale : la gestion des temps de réunion, le travail sur l’élaboration des circuits, celui sur la certification, les délais d’approvisionnement de certains médicaments. En parallèle, la crise sanitaire a confirmé la nécessité pour le CHLA d’avancer sur ce projet de contractualisation avec le CHU d’Angers, en raison des difficultés rencontrées pour la vaccination et la gestion des Équipements de protections individuelles (EPI) liées à l’absence de convention avec une PUI.

Désormais, l’axe « organisation du circuit du médicament » fait l’objet d’une contractualisation entre les deux établissements, « ce qui permet de répondre à une volonté d’harmonisation des pratiques de pharmacie hospitalière et de rationalisation des missions », soutient le Dr Marie-Anne Clerc, chef de la PUI du CHU. Et de poursuivre : « La PUI a été sollicitée par le CHLA pour son expertise concernant la gestion du circuit du médicament, ce qui est valorisant, à la fois pour nous, et pour le CHLA qui souhaite une mise en conformité de son établissement. »
 

La mise en œuvre concrète

À ce jour, cette contractualisation ne porte que sur le volet sanitaire du CHLA ; pour l’axe médico-social la structure poursuit ses conventionnements avec les officines. Ainsi, une première convention a été signée en fin 2021 entre le CHLA et le CHU, approuvée par l’ARS, pour un temps de pharmacien assistant spécialisé partagé à 60 % sur le CHU et à 40 % sur le CHLA. « Sa mission consiste notamment à travailler sur les modalités de la convention d’approvisionnement pour les médicaments et les dispositifs médicaux prescrits », explique Véronique Vallet, directrice adjointe du CHLA. Un dossier a également été déposé pour modifier l’autorisation initiale du périmètre d’intervention de la PUI, afin que le CHLA puisse en devenir une antenne. Dernière étape : la convention d’approvisionnement avec les modalités de collaborations, qui devraient prochainement se mettre en place.

Certains points ont déjà été définis. Le CHLA a par exemple décidé, sur les conseils de la PUI, d’investir dans une armoire sécurisée pour les médicaments, connectée aux logiciels de soins, afin d’assurer la sécurisation du circuit. Les infirmiers du CHLA seront chargés d’imprimer, via cette armoire, les récapitulatifs des médicaments manquants, afin d’en informer le pharmacien assistant spécialisé pour la remise en dotation de l’armoire, environ deux fois par semaine. Il pourra également, sur son temps de présence au CHLA, mettre en place une gestion des stocks, contrôler les péremptions, et participer à l’analyse pharmaceutique et à la conciliation médicamenteuse. Une interface doit aussi être mise en place entre l’armoire sécurisée et le logiciel des dossiers de soins pour une meilleure interopérabilité. L’officine n’interviendra désormais que dans les situations d’urgence.
 

Des changements humains et financiers

Cette nouvelle organisation n’est pas sans conséquence d’un point de vue « humain », mais « nous en avons beaucoup discuté, confie Sophie Guinoiseau. Nous sommes satisfaits de savoir que nous aurons davantage de temps d’échanges constructifs entre les équipes, afin de bénéficier de l’expertise de la PUI ». « Lorsque nous avons affaire à des établissements volontaires, cela facilite forcément la mise en place des objectifs communs, se félicite le Dr Clerc. L’état d’esprit est important pour construire un tel projet. »

Cette contractualisation a également un coût. « Actuellement, nous finançons sur nos fonds propres le temps d’assistant partagé, mais nous avons adressé une demande d’accompagnement financière à l’ARS », fait savoir la directrice du CHLA. Idem pour l’armoire sécurisée. « Nous devons nous équiper intégralement, donc forcément, cela nous demande un investissement », indique-t-elle. Et d’ajouter : « Avant de nous lancer, nous avons évalué la soutenabilité économique du dispositif. Comme nous n’avions pas de pharmacien, nous devions payer une prestation à l’officine. Désormais, nous bénéficions de l’expertise de la PUI, qui nous propose des tarifs plus attractifs pour les médicaments et les dispositifs médicaux. Le delta entre ses tarifs et ceux de l’officine fait apparaître une marge disponible pour le volet RH et logistique. » Malgré tout, « l’ARS devrait soutenir le caractère innovant de cette contractualisation, permettant une sécurisation du circuit du médicament, en finançant les investissements du CHLA », conclut le Dr Clerc. Ce projet s’inscrit dans un double objectif de maîtrise des dépenses et de promotion de la qualité de la prise en charge pharmaceutique des patients du CHLA.

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Établi en décembre 2022